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PETITE HISTOIRE DES POIS

Pea Drawing

Le pois des champs (Pisum sativum, en latin) a été parmi les premières plantes cultivées par l’homme. Certains disent que le mot français pois viendrait du sanscrit peçi, qui désigne la graine d’une plante. Mais la plupart des gens s’entendent pour dire que le latin pisum, qui ressemble au grec ancien pisos ou pison, qui vient lui-même du mot grec ptissó est la véritable origine du mot. ptissó signifie écraser, d’où le mot français pois, parce qu’on les écrase pour en faire de la purée, d’après le Dictionnaire étymologique de la langue françoise, publié en 1829.

Étant donné que la plupart des pois sont des cultures de climat frais, les historiens pensent qu’ils ont vu le jour et se sont développés principalement en Asie centrale, notamment dans le Nord-Ouest de l’Inde et en Afghanistan. Les pois sont également indigènes au Proche-Orient, ainsi que dans le plateau et les montagnes d’Éthiopie. On retrouve encore de nos jours des pois sauvages d’espèces voisines en Afghanistan, en Iran et en Éthiopie.

Les pois sont l’une des cultures vivrières les plus anciennes. C’est en les cultivant que les tribus nomades ont commencé à se sédentariser. Leur culture a également permis qu’ils soient exportés par les voyageurs et les explorateurs dans les pays de la Méditerranée et de l’Extrême-Orient.

9750 av. J. C.

Des archéologues qui exploraient la Caverne des esprits à la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande découvrent des traces de consommation de pois sauvages par l’homme.

7000 av. J. C.

Lors de fouilles archéologiques à Jarmo dans le Nord-Ouest de l’Iraq, on découvre des pois datés d’entre 7000 et 6000 av. J. C.

3000 av. J. C.

En Suisse, les vestiges archéologiques de plusieurs villages de l’âge du bronze révèlent des traces de pois primitifs datant de 3000 av. J. C. Des excavations dans une caverne de Hongrie mettent à jour des pois que l’on croit encore plus anciens.

500 av. J. C.

Les Grecs et les Romains cultivent les pois secs autour de 500 à 400 av. J. C. et les vendeurs de rues d’Athènes clament les vertus de leur bonne soupe au pois bien chaude. Les chercheurs sont d’avis que les pois seraient arrivés en Grèce par le sud en provenance de la région où se situe maintenant la Suisse, ou alors de l’Inde, à l’est.

25 av. J. C.

Apicius (né en 25 av. J. C.), un grand cuisinier romain dont nous possédons un livre de cuisine de l’époque, prépare les pois secs de neuf façons différentes. Dans certaines recettes, il utilise des légumes et des herbes, et dans d’autres, il met de la viande et de la volaille. Ceci montre bien l’importance des pois dans l’alimentation des Romains.

600

Les historiens ne sont pas sûrs de la date à laquelle les pois ont atteint la Chine. Mais ils ont la preuve que les Chinois les cultivaient au VIIe siècle et qu’ils les avaient surnommés « hu tou », ce qui signifie « légumineuse étrangère ». Certains sont d’avis que les Chinois sont les premiers à manger les pois frais, avec la cosse, plutôt que secs.

800

Lorsque les pois arrivent en France, aux environs de l’an 800, Charlemagne en fait planter dans ses domaines. Au Moyen Âge, les pois secs sont un aliment de base des paysans européens. Sous leur forme séchée, on peut les conserver pendant tout l’hiver. Ils ne coûtent pas cher, sont faciles à se procurer et sont une bonne source de nourriture à la portée de toutes les bourses.

années 1100

Au XIIe siècle, parmi les aliments emmagasinés dans les caves du célèbre couvent de Barking, près de Londres, on retrouve des « pois verts pour le Carême ».

années 1200

Dès le XIIIe siècle, les pois sont un aliment très répandu en France. Les vendeurs de rues à Paris crient leurs denrées « J'ai des pois en cosse tous nouveaux. »

années 1300

À la fin du XIVe siècle, les Italiens cultivent de minuscules petits pois qu’ils appellent piselli novelli. Ils les mangent frais et ne les font pas sécher.

années 1500

Avant la fin du XVIe siècle, des botanistes en Belgique, en Allemagne et en Angleterre décrivent de nombreuses variétés de pois : grands ou nains; aux graines blanches, jaunes ou vertes, ridées, lisses ou picotées.

1533

Lorsque Catherine de Medici épouse Henri II, le roi de France, en 1533, elle apporte avec elle d’Italie bon nombre de ses aliments préférés. Parmi eux, le piselli novella. Ces petits pois sont si différents des pois secs dont se nourrissent les paysans qu’ils causent toute une sensation à la cour et créent une nouvelle vogue dans la cuisine française de l’époque. Les Français s’attribuent ces minuscules pois, qu’ils nomment des petits pois, et c’est comme ça qu’ils s’appellent encore de nos jours en France. Certaines régions de France deviennent si célèbres pour leurs pois que des villes comme Saint-Germain et Clamart donnent leur nom à des recettes à base de petits pois.

années 1560

Les pois deviennent un mets familier lors du Carême en France et en Angleterre, bien que ce ne soit pas la seule occasion à laquelle on les mange, notamment en Angleterre. Pendant le règne du roi Jacques 1er, de 1566 à 1625, les vendeurs de rues à Londres ventent les délices de leur pâté aux pois bien chaud accompagné, littéralement, d’une bouchée de lard. Le lard est attaché sur une corde et retiré de la bouche de l’acheteur qui a le droit de mordre dedans, une seule fois! C’est le Hot grey peas and a suck of bacon, l’équivalent des « pois chauds pilés » du Paris du Moyen Âge, avec le lard en plus! Et le Dictionnaire de L'Académie française, 1re édition (1694), dit d’un homme qui a bon appétit et qui n’est point délicat que c’est un « avaleur de pois gris ».

années 1600

Les pois secs servent de base à la soupe traditionnelle des premiers explorateurs de la Nouvelle-France, la soupe aux pois des Canadiens français. Les pois sont nutritifs et se transportent facilement, et ils forment l’aliment de base des Voyageurs. Leur rôle est primordial au tout début de l’exploration du Nouveau Monde et de la traite des fourrures.

1696

Les pois frais cultivés ne sont pas courants jusqu’au XVIIIe siècle. Vers la fin du XVIIe siècle, ils sont encore tellement prisés, mais tellement rares, qu’ils atteignent en France des prix faramineux. Madame de Maintenon écrit en 1696 : « Le chapitre des pois dure toujours ; l’impatience d’en manger, le plaisir d’en avoir mangé et la joie d’en manger encore sont les trois points que nos princes traitent depuis quatre jours. Il y a des dames qui, après avoir soupé avec le roi, et bien soupé, trouvent des pois chez elles pour manger avant de se coucher, au risque d’une indigestion. C’est une mode, une fureur, et l’une suit l’autre ».

années 1700

Au milieu du XVIIIe siècle, les lois agricoles changent radicalement en Angleterre. Le roi Georges III impose la Loi des enclosures, qui restructure les anciens biens communaux en vastes propriétés privées. Les paysans pauvres n’ont plus suffisamment de terre pour nourrir leur famille et doivent acheter de quoi manger. Ils se tournent alors vers les pois secs, qui ne coûtent pas cher.

1800

En 1885, Le jardin potager, une encyclopédie des plantes potagères, publiée par Vilmorin-Andrieu en France, consacre 50 pages aux pois. On y retrouve différentes variétés qui sont encore cultivées de nos jours, mais beaucoup se sont perdues.

années 1860

Dans les années 1860, le moine autrichien Gregor Mendel, de l’Université de Vienne, fait des expériences scientifiques sur la reproduction des plantes de pois et crée la science de la génétique. Avec ses observations, il élabore le modèle de l’hérédité qui devient la base de la génétique moderne. C’est lui qui comprend le premier la différence entre traits génétiques dominants et récessifs. Il meurt dans l’obscurité, mais en 1900, ses travaux sont découverts et sa contribution à la génétique moderne est reconnue.

1870

Lorsque les légumes en conserve deviennent à la mode à la fin des années 1800, leur prix est très abordable. Les pois sont probablement parmi les premiers légumes que la société Soupe Campbell met en conserve. Les vrais amateurs de pois ne se laissent pas décourager par la couleur terne des pois de conserve, due à la chaleur causée par la mise en conserve, qui détruit la chlorophylle des légumes, ce qui leur fait perdre leur belle couleur vert vif. On les trouve souvent sur la table du déjeuner, tant en Angleterre qu’aux États-Unis.

années 1920

L’arrivée des légumes congelés dans les années 1920 et 1930 est encore plus providentielle pour les pois. On peut les ramasser et les congeler presque immédiatement, ce qui empêche les sucres qu’ils contiennent de se transformer en amidon. Les personnes qui ne font pas pousser elles-mêmes leurs pois, ou qui vivent trop loin d’une ferme, peuvent maintenant se régaler de pois fraîchement cueillis.

De nos jours

Plus d’un millier de variétés de pois existent de nos jours, verts et jaunes. Les plus grands producteurs de pois au monde sont l’Australie, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Europe, les États-Unis et le Canada.

 

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